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Le Bar Commun : un « labo » ouvert sur la cité

Le Bar Commun est un bar associatif implanté dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Un projet original dont les actrices et les acteurs sont mu.e.s par la volonté de redonner du sens à la réflexion et à l’action collectives. Des membres de ce collectif ont accepté de répondre aux questions de Chronik.fr et de nous éclairer quant à leur conception de l’engagement citoyen. 

Chronik.fr : Qu’est-ce qui a motivé votre initiative ? En quoi revêt-elle une dimension citoyenne et  politique ?  L’expérience a-t-elle vocation à prospérer ailleurs à Paris et au-delà ?

Daniel Agacinski : Notre première motivation, c’était d’inventer une nouvelle modalité d’engagement. Quelques-un.e.s d’entre nous avaient eu des activités militantes, au sein de partis, de syndicats, d’associations, de mouvements pédagogiques, et on éprouvait tou.te.s une forme de frustration et même de colère.

Plutôt que de se résigner à des mobilisations ponctuelles, sectorielles, plutôt que rester entre soi, on a voulu créer un lieu où l’on pourrait vivre des choses ensemble, faire des choses ensemble et penser des choses ensemble. Ensemble, au sens : avec des gens qu’on n’aurait pas connus sans le projet ; parce qu’il n’y a que par la rencontre qu’on peut devenir plus intelligent.e.s, plus fort.e.s, plus justes dans la compréhension du monde et dans l’action.

Julien Bouléris : J’ai découvert le projet du Bar commun via un article de Rue89, peu de temps après une discussion que j’ai eue avec des amis qui me disaient alors : « ce n’est pas réaliste de vouloir changer le monde »… Et c’est justement ce qui m’a plu dans le projet : c’est une utopie réaliste.

En découvrant le Bar commun et en rencontrant l’équipe, j’ai compris que le changement passe par l’action et que le meilleur moyen d’agir est de créer des liens entre les gens et d’inspirer. Pour que d’autres initiatives de ce type émergent et fassent bouger les lignes, ici et partout ailleurs.

 

 

Chronik.fr : La notion de « commun » est au cœur de votre projet. Quel sens lui donnez-vous ?

Daniel Agacinski : C’est un mot en vogue dans de nombreux réseaux militants, et je pense qu’il y a une raison. Tout, aujourd’hui, tend à nous assigner à telle ou telle place ; il n’y a pas de lieu dédié à l’expérience du partage, l’idéologie « propriétaire » est partout, chacun défend sa parcelle, ce qui est à moi est à moi et pas à toi… Un lieu qu’on conçoit, qu’on construit et qu’on fait vivre « en commun », c’est un début de résistance à cette logique qui nous divise.

Julien Bouléris : Quand j’étais ado, j’ai participé – sans en mesurer véritablement le sens – à la création de communs via Wikipédia par exemple. Ce qui comptait pour moi était le « faire ensemble » et la liberté d’accès et d’action, que je retrouve au Bar commun.

J’aime beaucoup la notion de « réaction à » dont parle Daniel. Avec la globalisation qui dérape vers une hyperconsommation débridée et la politique qui annihile tout espoir de changement positif, le commun est plus qu’une nécessité, c’est une urgence. Je crois également que le sens dans sa dimension spatio-temporelle est important : au cœur du commun il y a l’action et la volonté d’aller vers quelque chose de mieux.

Créer du commun est plus qu’une nécessité, c’est une urgence.

On ne sait pas encore précisément vers quoi mais on sait pourquoi. Ce qui compte, ce sont les motivations et la dynamique collective. Le reste est à inventer.

Chronik.fr : Le bar commun est aussi un lieu de débat. Est-ce que vous ne croyez plus aux médias classiques ?

Julien Roirant : Ce en quoi on croit, en tous cas, c’est qu’il n’y a rien de tel qu’un bout de zinc pour refaire le monde. On n’attend pas que les grands médias daignent nous donner la parole. On la prend. Depuis que l’idée du bar a germé, le collectif part du principe que de la discussion naît la rencontre, mais aussi l’engagement. On « refait le monde »… pour le changer vraiment !

Tu es bienvenu.e au bar commun si tu as juste envie de te faire de nouveaux potes en buvant un coup. Mais, cerise sur la tartine, on te proposera aussi de temps en temps de réfléchir avec nous sur des sujets de fond. Et c’est garanti sans prise de chou. Pour donner envie d’apprendre, envie d’agir. Rendez-vous le jeudi soir. Et un peu tout le temps, en fait.

Cécile Blanchard : Une dimension qui a particulièrement compté pour moi, pour m’engager dans le bar, c’est la perspective de contribuer à donner la parole à des gens qui ne la prennent pas habituellement. Je trouve ça très important. Dans les débats que nous organisons, nous cherchons à renouveler les formes de la discussion et de l’intervention de l’assistance, pour que chacun.e se sente autorisé.e à donner son point de vue.

L’idée que la parole de certain.e.s est plus légitime que d’autres est ancrée chez beaucoup de gens. Il y a une forme de confiscation de la parole des classes populaires en particulier, à qui on ne tend pas souvent le micro, le clavier ou le stylo, et quand on le fait, c’est parfois (souvent ?) avec des attentes et des questions qui orientent le discours et débouchent sur des clichés.

Je crois, nous croyons au Bar commun, qu’on ne (re)construit pas une société démocratique comme ça. Pour créer du lien, pour vivre vraiment tou.te.s ensemble, il faut que chacun.e puisse dire ce qu’il.elle pense, ce qu’il.elle veut, et, soyons fous, ce dont il.elle rêve.

 

Chronik.fr : S’agit-il de mettre en avant des sujets particuliers ?

Julien Roirant : Venir au bar commun, ce n’est pas juste vivre une expérience humaine sympa. C’est aussi une expérience Politique. Avec un grand « P ». Pour commencer, on s’est fixé trois grands domaines d’expérimentation. D’abord, la place des communs dans nos vies. Pour nous, le bar, c’est un « labo ouvert » sur ce qu’on peut faire de mieux quand on est ensemble.

Ensuite, la question des exclusions. Dans le quartier, il y a plein de gens qui font tous les jours l’expérience de l’exclusion. On essaie de les aider à se faire entendre pour la combattre avec eux. Et puis, on veut s’interroger sur « la société d’après ».

Travail, démocratie, numérique… Tou.te.s les bénévoles ont des sujets qui leur tiennent à cœur, avec qui l’on expérimente des formats d’échanges originaux. Le mot d’ordre : prendre de la hauteur sans se prendre la tête. On veut ouvrir en grand les portes du débat public !

Le Bar Commun, 135 rue des Poissonniers, 75018 Paris

© Photos : Le Bar Commun (Le 17 janvier dernier, une soirée-débat était co-organisée par Le Bar commun et Le Carillon, l’association qui fédère des commerçants désireux d’offrir un accueil et des services aux sans-abri).

La rédaction

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