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Notre-Dame-des-Landes : vers un impossible « en même temps » ?

Alors que le rapport des trois médiateurs sur le dossier de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes lui a été remis le 13 décembre dernier, le gouvernement a annoncé qu’il dévoilerait sa décision sur la poursuite ou l’abandon du projet d’ici à la fin du mois de janvier. Un dossier qui empoisonne l’État depuis plusieurs années et qui pourrait constituer un dilemme quasi-cornélien pour Emmanuel Macron.

Le Premier ministre en a fait lui-même l’aveu lors de la séance des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale, le jour de la venue des experts à Matignon : concernant Notre-Dame-des-Landes, il n’existe pas de solution qui soit sans inconvénient pour l’exécutif.

De fait, il s’agissait déjà d’un terrain miné pour François Hollande, qui est parvenu à repousser les échéances jusqu’à léguer cet épineux dossier à son successeur. Les évènements de Sivens, en 2014, et la mort de Rémi Fraisse n’ont certainement pas été pour rien dans cette volonté d’ajourner une prise de décision à haut risque, et ce, malgré la détermination farouche des Premiers ministres successifs de l’ancienne majorité, Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls, à venir à bout des « zadistes ». Le premier, ex-édile de Nantes, a été un fervent défenseur du projet d’aéroport, quand le second plaidait pour la restauration de l’autorité de l’État bafouée dans le bocage.

La ZAD, espace de contre-pouvoir

Si les peintures qui sont faites de cette fameuse « Zone à défendre » (ZAD) relèvent bien souvent du fantasme – occupant.e.s armé.e.s jusqu’aux dents, recherche désespérée de la confrontation pour l’exposition d’un martyr -, suscitant des réponses non-dénuées d’humour des militant.e.s anti-aéroport, comme celle du « lance-roquette » sur Twitter, la ZAD échappe en effet à l’État, en ce qu’elle est devenue au cours des dernières années un lieu d’expérimentation autogestionnaire, en plus d’un laboratoire du mouvement social et de lutte contre la domination capitaliste et étatique.

Le combat des « zadistes » dépasse la question aéroportuaire, et c’est bien ce qui inquiète nos gouvernements successifs.

Tout ce qu’Emmanuel Macron récuse à la fois en tant que partisan assumé du libéralisme économique, et aujourd’hui, en tant que président de la République. Cette ébullition idéologique qui caractérise la ZAD, « grenier de luttes », lieu de conflictualité politique, de démocratie en actes, à savoir insurgeante, pour reprendre la figure déployée par le philosophe Miguel Abensour, représente un condensé de ce qu’a rejeté le candidat Macron tout au long de sa campagne, comme pourfendeur des « vieilles idéologies » et des « oppositions stériles » et en tant qu’architecte de la pensée de l’« en-même temps ». Tout ce qu’il cherche à rendre obsolète et inopérant, pour le bien de l’État et de la société de consommation.

Perdre la face ou perdre Hulot ?

Si Emmanuel Macron renonce au projet, cela reviendra à acter la victoire de la ZAD, de cette pratique de la politique qu’il abhorre. Mais s’il le poursuit, il prend le risque de perdre son ultra-populaire ministre de la Transition écologique et solidaire. D’où l’impasse dans laquelle se trouve assurément le chef de l’État. Le plus probable, car le moins risqué, étant qu’il suive les recommandations des médiateurs qui, sans se prononcer contre le nouvel aéroport, semblent plutôt incliner pour un réaménagement d’envergure de l’aéroport Nantes-Atlantique déjà existant, assorti d’une évacuation de la ZAD, afin d’éviter de prêter le flanc aux reproches d’un État qui aurait fini par se rendre, se soustrayant à la confrontation.

Car, nous l’avons vu, les injonctions médiatiques et politiques à agir pour rétablir l’ordre dans le bocage nantais ne sont pas des moindres, réclamant un acte fort de la part des pouvoirs publics.

Récemment, le député LREM Matthieu Orphelin, ancien porte-parole de la Fondation Hulot et proche parmi les proches du ministre, confiait à Chronik que si, comme il l’espérait, le projet d’aéroport était abandonné, il faudrait que les opposant·es selon lui légitimes, se désolidarisent instantanément de la frange radicale des militant·es. En d’autres termes, que la victoire de Nicolas Hulot ne soit pas celle de la ZAD.

Car, de fait, le combat des « zadistes » dépasse la question aéroportuaire, et c’est bien ce qui inquiète nos gouvernements successifs. Preuves en sont données par les autres poches de résistance qui ont fleuri, de Sivens à Bure. Si Emmanuel Macron parvient, contrairement à son prédécesseur et en appliquant une solution médiane, à clore le dossier Notre-Dame-des-Landes, fort est à parier qu’il n’en aura pas pour autant fini avec la ZAD.

© Photo : Wikimedia Commons

Soizic Bonvarlet

Soizic Bonvarlet

Soizic Bonvarlet est journaliste bi-media pour LCP, Slate et Politis (International/Parlement/Culture), et membre du comité de rédaction de la revue Charles. En savoir plus ...