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Être populaire ou ne pas être, telle est la question

La courbe de popularité d’Emmanuel Macron a, en 2017, affolé les sondeurs, qui n’y ont pas retrouvé leurs repères habituels. 2018 sera-t-elle, pour le Président de la République, l’année de la reprise confirmée ou celle d’une nouvelle chute dans les sondages ? Gageons que les douze mois à venir seront propices à maints rebondissements et à autant de commentaires bien sentis et d’interprétations au trébuché.

Si les sondages d’opinion font les beaux jours des sondeurs comme des médias de tout acabit, plus friands les uns que les autres à en commander, la place qu’ils ont conquise dans les analyses (dites) politiques et les choix des citoyens face aux urnes interrogent fortement sur les principes aujourd’hui au fondement de la légitimité démocratique.

Laissera-t-on les côtes de popularité devenir les instruments ultimes de mesure de la légitimité d’une action politique ? Alors que le cinéma anglais rend en ce début d’année un nouvel hommage à Winston Churchill avec le magnifique Les heures sombres réalisé par Joe Wright, il n’est pas inutile de se remémorer les mots du Premier ministre britannique au cigare : « il faut prendre l’événement par la main, avant d’être saisi par lui à la gorge. »

Autrement dit : les gouvernements démocratiques doivent être guidés par un principe d’action et non par le miroir de l’opinion, au risque de conduire directement un pays face au mur. C’est de tempo dont il est question ici. Agir, c’est toujours prendre le risque d’être impopulaire. Mais c’est aussi faire le choix du courage avant celui de la réélection.

Agir, réagir, s’abstenir

Paradoxalement, les sondeurs eux-mêmes peuvent devenir les premiers promoteurs de l’action en politique. Non, bien évidemment, en tentant d’appréhender une décision au regard de sa cohérence avec les engagements préalablement pris ou de ses conséquences économiques, sociales ou encore environnementales. Mais en en mesurant, au prisme de l’état estimé de l’opinion, le potentiel impact sur la courbe de popularité de la personnalité politique concernée.

Rien n’est plus à l’image d’une société que sa classe politique.

Un récent sondage Odoxa publié sur Gérard Collomb lui conseille ainsi de faire preuve de fermeté à l’occasion de l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes, non pas en référence aux résultants du référendum organisé il y a quelques mois, ni même aux conclusions du rapport des experts remis au Premier ministre le 13 décembre dernier, mais parce que 6 Français sur 10 se déclareraient favorables à l’emploi de la force pour déloger les zadistes.

Elle est loin la référence au sens de l’Histoire – la formule est-elle si surannée ? – lorsque l’on lit que « dans le contexte sécuritaire ‘tendu’ du moment, il serait important que Gérard Collomb puisse marquer des points dans l’opinion en montrant qu’il est capable de fermeté et, peut-être à l’occasion de l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes, qu’il est bien le premier ‘flic de France’. »

Le nouveau tempo démocratique

Doit-on pour autant, bercé par le va-et-vient incessant des vagues sondagières, se laisser aller au pessimisme de l’ancien ministre italien de l’Économie, Tommaso Padoa-Schioppa, pour qui la légitimité des gouvernements d’aujourd’hui ne durerait plus « que pour autant qu’ils sont soutenus par des sondages d’opinion, comme s’ils devaient être réélus en permanence. » ? Serait-on définitivement condamné à des politiques du revirement marquées au fer des études d’opinion ?

Seul le long terme nous l’indiquera. Mais il semble en tout cas de bon ton en France, en ce début 2018, de se déclarer prêt à affronter l’adversité. C’est une mode, si elle est réellement appliquée dans les faits, qui pourrait ne pas totalement se révéler inutile.

Edouard Philippe a ainsi tenté un désamorçage intéressant de critiques pressenties quant à ses annonces relatives à l’épineux dossier de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes et à la sécurité routière, en déclarant dans les colonnes du Journal du dimanche du 7 janvier qu’il avait conscience de l’impopularité de ses décisions à venir. En mettant en avant, s’agissant de la réduction à 80 kilomètres par heure de la vitesse sur les routes secondaires, ses conséquences positives espérées sur la baisse de la mortalité routière, le Premier ministre peut se poser comme défenseur de l’intérêt général, qu’il fait prévaloir sur les questions d’image.

Aller plus loin : « François Hollande, à deux doigts d’être aimé »

Stratégie de communication ou conviction politique, c’est un choix dont on peut se féliciter. Et qui fera peut-être oublier ce comble du raisonnement technocratique – qui conduisait d’ailleurs à refuser d’abaisser la limitation de vitesse sur les routes secondaires – qu’était la réponse adressée par Emmanuel Macron au questionnaire portant ce sujet, construite autour de la nécessité de maintenir des chiffres impairs pour les vitesses afin de ne pas perturber les Français, et dont on s’étonne qu’elle n’ait pas concouru au prix de l’humour politique !

Être aimé pour bien gouverner ?

Chercher ou non à être populaire, c’est une autre façon de se demander s’il faut être aimé pour bien gouverner. Une question qui donne un saisissant reflet de sociétés de l’attachement à, et du contrôle de, l’image, qui voient grandir en leur sein des « générations selfie. »

Rien n’est plus en effet à l’image d’une société que sa classe politique. La relation entretenue par Donald Trump avec le réseau social Twitter exprime ainsi le besoin d’un rapport direct à son public, non médiatisé par un filtre quelconque qui pourrait tordre le regard positif qu’il porte sur lui-même. Prendre le temps de rechercher l’adhésion d’un public quand on est chargé de conduire un pays, c’est toutefois prendre le risque, non seulement de perdre du temps, mais surtout de ne pas gouverner.

Ils sont peu nombreux les responsables politiques sur la scène internationale aux portraits desquels on pourrait aujourd’hui attacher la description faite par Victor Hugo du matelot Lethierry dans Les Travailleurs de la mer : « Être populaire le touchait moins qu’être nécessaire. »

© Photo : Pixabay

 

Agathe Cagé
Agathe Cagé est politiste, elle a été conseillère puis directrice adjointe du cabinet des ministres de l’éducation nationale de 2014 à 2017. Elle est aujourd’hui présidente de l’agence compasslabel.fr En Savoir Plus ...