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Jean-Baptiste Djebbari : « J’envisage ma fonction comme celle d’un entrepreneur politique »

Jean-Baptiste Djebbari fait partie de la nouvelle génération de députés issus de la société civile. Élu LREM de la deuxième circonscription de Haute-Vienne, il est « whip » – autrement dit chargé de la cohésion et de l’assiduité au sein de son groupe parlementaire – à la commission développement durable et aménagement du territoire de l’Assemblée nationale. Jean-Baptiste Djebbari est également rapporteur du projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire. Il a répondu, à cette occasion, aux questions de Chronik.fr.

Chronik.fr : Pouvez-vous revenir sur votre parcours et les raisons de votre engagement au sein de La République En Marche, ainsi que sur votre quotidien de parlementaire depuis 10 mois ?

J.-B. D. : J’ai débuté comme fonctionnaire de l’aviation civile avant de devenir pilote de ligne puis d’être attiré par les sirènes de l’entrepreneuriat. Dans le cadre de mon activité professionnelle – développer une compagnie aérienne inter-régionale -, j’ai eu l’opportunité de rencontrer Édouard Philippe, alors maire du Havre, et Emmanuel Macron lorsqu’il était à Bercy.

Je me suis engagé en politique pour changer les pratiques. Or, dès que j’ai été élu, on a commencé à me demander ce que je souhaitais faire dans cinq ans. Alors que je venais d’arriver à l’Assemblée ! Ce réflexe consistant à considérer le mandat parlementaire comme un simple marchepied professionnel est très curieux, quoique symptomatique.

Ce qui bâtit la légitimité d’un parlementaire, c’est le travail en commission. Ce travail est peu visible du grand public, mais il est plus qu’essentiel. C’est en commission que tout se construit.

Le défi qui est le mien est de choisir les dossiers à prioriser dans l’agenda car tous les sujets sont importants mais il faut avancer avec méthode. Je suis heureux de pouvoir consacrer beaucoup de temps à la question de l’aménagement du territoire – notamment des questions de transport et d’énergie – que je connais depuis longtemps par mes activités professionnelles antérieures et qui m’a toujours intéressé sur les plans économique, technologique, mais aussi sociologique. Le fait que je sois le « whip » à la commission développement durable et aménagement du territoire de l’Assemblée me permet d’entrer dans le détail de tous les dossiers. C’est passionnant.

Mon quotidien est fait d’ajustements entre le travail en commission à l’Assemblée – du lundi au jeudi –, la présence dans ma circonscription le week-end, sans oublier les échanges avec les cabinets ministériels. Les lobbies sont également très présents auprès des élus et c’est une donnée qu’il faut savoir gérer en plus. Mais ce qui bâtit la légitimité d’un parlementaire, c’est le travail en commission. Ce travail est peu visible du grand public, mais il est plus qu’essentiel. C’est en commission que tout se construit.

Chronik.fr : Vous êtes élu d’une circonscription rurale. Les inégalités territoriales sont un défi important. Quelles sont vos ambitions sur ce dossier et les leviers que vous souhaitez mobiliser ? Par ailleurs, quels sont les défis spécifiques d’un tel territoire quand on est un nouvel élu, loin de ce qu’il faut bien appeler les « baronnies » locales ?

J.-B. D. : En tant qu’élu national, ma parole est attendue sur le territoire. Ce sentiment d’utilité, je souhaite m’en saisir. J’essaie de jouer un rôle de facilitateur de projets locaux et j’envisage ma fonction comme celle d’un entrepreneur politique. Il n’en reste pas moins que le poids des oligarchies locales – les « baronnies » comme vous les appelez justement –, est extrêmement lourd. Il faut comprendre l’architecture des forces locales et se forger une carapace aux attaques – souvent personnelles – qui viennent inexorablement.

Le procès en illégitimité des « députés du nouveau Monde » s’estompe à peine au bout de presque un an. Certains « mandarins » me considèrent comme leur adversaire, non pas pour mes positions dans les dossiers que je porte, non pas pour ma couleur politique, mais précisément parce que je ne suis pas un élu local de longue date et parce que la promesse d’Emmanuel Macron est de faire bouger les lignes politiques. Ils se sentent menacés et une forme de « vassalisme » local est entretenue avec les maires. C’est dommageable pour la démocratie et cela prend du temps à déconstruire.

Néanmoins, je n’étais pas et ne suis toujours pas naïf. Je sais qu’avant de pouvoir les transformer en profondeur, il me faut travailler dans le cadre de ces schémas et que l’effort de construction avec les élus locaux « implantés » qui est le mien est décuplé.

Il faut un engagement fort en Limousin pour que les choses changent sur le plan du désenclavement, de la lutte contre les inégalités territoriales, pour accroître la solidarité inter-générationnelle, défendre de nouvelles opportunités économiques. J’agirai aussi pour réformer, à mon niveau, les pouvoirs et la gouvernance locale des établissements publics territoriaux.

Chronik.fr : En tant que rapporteur du projet de loi pour un nouveau pacte ferroviaire, vous êtes particulièrement exposé. Comment se passe le travail au quotidien, en commission, en concertation et sur le terrain ? En quoi votre circonscription est-elle particulièrement concernée par cette réforme ?

J.-B. D. : Je suis très content de m’être vu confier, en tant que rapporteur, ce travail difficile. Tout d’abord parce que les transports sont un peu mon ADN professionnel, ensuite parce que je suis élu dans une région qui est particulièrement victime des inégalités de traitement en matière de transports collectifs et notamment ferroviaires. Il existe un double sentiment de relégation en Limousin : l’État est loin et la grande Région – centrée autour de Bordeaux – est trop grande. De plus, les conditions de déplacement se sont factuellement aggravées en Limousin : nous mettons 25 minutes de plus qu’il y a 40 ans pour relier Limoges à Paris !

En tant que député, il est nécessaire d’assumer de déplaire.

Mon travail de rapporteur a consisté à recevoir toutes les parties prenantes de la réforme : la direction de la SNCF, les organisations syndicales, les associations d’usagers, les associations d’élus locaux, afin de me faire une idée juste de la situation du système ferroviaire. J’ai aussi été associé à la concertation par la ministre des Transports, Élisabeth Borne, et nous avons inscrit dans la loi des garanties sociales fortes pour les cheminots qui seraient amenés à être transférés chez un opérateur concurrent. Le traitement médiatique et la rhétorique syndicale ne donnent parfois pas la pleine mesure du travail réalisé. Être député, c’est accepter cette frustration et participer modestement à ce qu’on estime être l’intérêt général.

Finalement, en tant que député, il est nécessaire d’assumer de déplaire. C’est une forme de sacerdoce. Je crois que cet esprit missionnaire me caractérise assez, et depuis toujours.

© Photos : Wikipedia et Wikimedia Commons

La rédaction

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