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Jeffrey Hawkins : « Je me sens extrêmement concerné par la détérioration des liens qui unissent les États-Unis à l’Europe »

L’ancien ambassadeur américain Jeffrey Hawkins a livré à Chronik son analyse de la politique étrangère des États-Unis, qu’il remet en perspective par rapport aux présidences Obama et Bush. 

Chronik.fr : Le président Trump se prévaut, de manière obsessionnelle, de se démarquer de son prédécesseur en matière de politique étrangère. Quelles sont les caractéristiques principales de ce projet « anti-Obama » ?

J. H. : En 2011, le président Obama était l’invité d’honneur du dîner des correspondants de presse à la Maison blanche. Donald Trump, alors entrepreneur immobilier de premier plan, célébrité de la télé-réalité et en première ligne du mouvement des « birthers », qui remettait en cause la nationalité du président, était également présent.

Obama, comme c’est la tradition lors de ces dîners, a fait plusieurs remarques très drôles, très piquantes. Parmi elles, quelques blagues à propos de Donald Trump. Le futur président, visiblement irrité, est resté de marbre face aux petites phrases assassines d’Obama. Certains ont suggéré que le souhait de Trump de remplacer Obama à la Maison blanche, et de démanteler son héritage, avait vu le jour lors de ce dîner.

Nous n’avons évidemment aucun moyen de savoir si c’était effectivement le cas. Mais il est clair que le président Trump met un terme, ou tente de mettre un terme à certaines des actions emblématiques du travail d’Obama comme président. De notre participation à l’accord sur le climat au partenariat trans-Pacifique et à l’accord sur le nucléaire iranien, l’administration Trump a visiblement attaqué systématiquement l’édifice qu’Obama avait soigneusement construit en matière de politique étrangère.

Si certains éléments sont cohérents avec le point de vue politique de Trump, les efforts « anti-Obama » du président semblent trouver peu d’explication en dehors de « Obama a fait ceci donc ce soit être mauvais. » Le retrait du JCPOA – l’accord sur le nucléaire iranien – est emblématique.

Le secrétaire d’État d’Obama, John Kerry, a travaillé pendant des mois avec les Iraniens, ainsi qu’un grand nombre d’acteurs internationaux, pour parvenir à un compromis complexe qui, par ses mesures mêmes, est un succès. Contre l’avis de ses propres conseillers, Trump a abrogé cet accord de manière unilatérale, avec peu de coordination avec ses alliés, et sans aucun plan pour le remplacer.

Aujourd’hui, il signe une déclaration commune avec la Corée du Nord afin d’éliminer l’arsenal nucléaire de ce pays. S’il a beaucoup de chance, son administration pourra finalement être en mesure de s’accorder sur un traité avec la Corée du Nord qui ressemblera de près au JCPOA. Où est la logique là dedans ?

Chronik.fr : Comment les États-Unis de Trump sont-ils vus dans le monde ? Diriez-vous qu’ils sont de plus en plus isolés ou est-ce plus complexe ?

J. H. : La réponse à cette question est potentiellement très inquiétante. Sous la présidence Trump, il semble que nous ayons pris nos distances avec nos amis traditionnels. Simultanément, les « relations personnelles », d’égal à égal, qu’il se targue d’avoir avec le Chinois Xi Jinping ou désormais le Nord-Coréen Kim Jong-un semblent peu à même de produire des alternatives durables et de long terme.

Je vis en Europe et je me sens extrêmement concerné par la détérioration des liens qui nous unissent. J’ai le sentiment que nos alliés européens commencent à se poser des questions fondamentales à propos de notre engagement dans l’alliance Atlantique. Et l’on pourrait difficilement les en blâmer. Même dès avant cette élection, le président Trump critiquait vivement l’OTAN et reprochait fréquemment à nos alliés européens de ne « pas payer leur part ».

Les Chinois ne semblent avoir qu’un faible intérêt pour soutenir Trump dans son influence politique et pas impressionnés par ses menaces en matière commerciale.

Depuis, il impose à nos amis européens une série de négociations sur les tarifs douaniers pouvant potentiellement faire éclater l’économie, et il maintient des relations personnelles tendues avec les dirigeants européens, comme le sommet du G7 au Canada l’a amplement démontré. Trump et ses intermédiaires, à l’occasion, lient même leur destin à des dirigeants populistes en Europe, Trump faisant des « clins d’œil » au Brexit et à son ancien conseiller présidentiel Steve Bannon alors qu’il assiste au meeting annuel du Front National à Lille.

J’ai déjà vu, par le passé, une dégradation de nos relations à l’international. La décision de George W. Bush d’envahir l’Irak était particulièrement problématique pour les diplomates américains comme moi, étant donné que nos interlocuteurs ne se laissaient pas impressionner par nos explications à propos de l’intervention et qu’ils étaient pessimistes pour la suite. Mais même si les Européens ou les autres remettaient en cause, alors, cette politique, ils n’avaient pas de doute sur les valeurs ou le leadership de l’Amérique. L’approche de Trump par la formule « America First » semble avoir provoqué un doute d’un niveau inédit quant à notre rôle dans le monde.

Chronik.fr : Quelle approche prospective peut-on avoir ? Sur le plan des relations avec l’Europe, que peut-il se passer dans les années à venir ? Êtes-vous optimiste sur la situation au Moyen-Orient ? Trump accélère-t-il la montée en puissance de la Chine ou la contient-il ?

J. H. : Je ne suis pas optimiste. Avec l’Europe, comme nous l’avons vu, il semble que nous soyons en train de brûler les ponts beaucoup plus vite que nous ne les construisons. La paix au Moyen-Orient a toujours été le saint graal de la politique étrangère des États-Unis et il semble qu’elle soit de moins en moins à notre portée. Notre décision de déménager notre ambassade à Jérusalem a, au moins pour le moment, un impact important sur notre capacité à agir comme un intermédiaire honnête entre les Israéliens et les Palestiniens.

La fin du dialogue avec l’Iran sur le nucléaire et notre soutien systématique à l’Arabie saoudite et à ses partenaires au Yémen et ailleurs continue de dégrader notre capacité à résoudre pacifiquement le conflit dans la région. En ce qui concerne la Chine, Trump ne semble pas sûr de savoir si sa priorité est le soutien chinois à ses initiatives en Corée du Nord ou le fait de démarrer une guerre commerciale pour enflammer sa base sur le plan intérieur.

Les Chinois ne semblent avoir qu’un faible intérêt pour soutenir Trump dans son influence politique et pas impressionnés par ses menaces en matière commerciale. Il est certain que leur pouvoir croissant n’est visiblement pas particulièrement affecté par les efforts de Trump, et des décisions comme le retrait du TPP ne font que renforcer la position régionale de la Chine.

(Propos traduits par la rédaction)

© Photos : Jeff Hawkins et Flickr.

La rédaction

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