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Sport et Union européenne, un couple soudé ?

L’Union européenne est souvent ciblée pour son manque de clarté et son incapacité à être motrice d’un projet commun. Au contraire du sport, ciment de la ferveur populaire et outil utile au service des challenges contemporains.

Défiance, désintérêt et scepticisme. Voilà probablement les trois mots les plus utilisés pour qualifier le regard que les Européens portent sur leurs institutions bruxelloises. Dans les discours, l’Europe est souvent mise en échec pour son incapacité à simplifier ses messages, à « s’adresser aux gens » et sa propension presque naturelle à compliquer.

Avec l’administration Juncker, l’Union européenne (UE) témoigne d’une ferme volonté de renforcer la reconnaissance et la confiance des citoyens. Sans présumer de la réussite de ce programme, les tentatives comparables dans le passé ont essuyé des défaites certaines. Avec une constante cependant : une incapacité à innover, à sortir du discours institutionnel « facile » et convenu. Parmi les outils sous-exploités, le sport mérite quelques minutes de lecture. L’UE semble l’avoir compris, et s’efforce d’agir en pionnière dans ce domaine.

Instrumentaliser positivement le sport pour toucher les citoyens

Etonnamment, le sujet n’est pas nouveau. Déjà en 1985, le rapport Adonnino sur « L’Europe des Citoyens » avançait l’idée de faire de l’Union un ensemble politique et humain plus cohérent grâce au sport. Depuis, l’Europe a précisé sa vision du sport. Elle dispose d’une compétence souple, d’objectifs politiques et de programmes de financement, dont le programme Erasmus+ est le plus récent.

Est-il possible de connecter l’intérêt pour le sport et celui pour les affaires européennes ? Le pari est très ambitieux tant les passions pour le premier semblent déconnectées de l’attrait pour le second. Plus de 300 millions – hommes et femmes de tous âges – pratiquent régulièrement une activité physique ou sportive, soit 58 % de la population européenne. Autant d’individus et de citoyens qui utilisent le sport comme langage commun.

Il peut représenter aujourd’hui un nouveau vecteur de communication sur les réalisations européennes. Une nouvelle manière d’expliquer l’Europe, ses libertés et ses enjeux qui, aujourd’hui, dépassent largement les frontières étatiques.

Eduquer, soutenir, partager les expériences pour donner à voir le véritable rôle que le sport peut jouer comme outil au service de grandes problématiques sociétales.

Le sport comme nouvel espace public

Parmi les disciplines, le football fait évidemment figure d’activité ultra-européanisée. À tel point que les citoyens européens (intéressés ou non par ce sport) considèrent le football comme un facteur d’unité, davantage que les institutions politiques, la géographie ou la démocratie. Certains chercheurs en sciences sociales avancent même l’idée d’une sphère publique européenne en cours de construction, autour du football. On peut s’en étonner, mais la recherche a montré que le football tient la corde dans nos discussions quotidiennes. Devant les arts et la culture. Devant la politique et les institutions.

Innover grâce au sport

Certaines institutions l’ont déjà anticipé : le sport peut être instrumentalisé positivement. La prise de risque est venue du Comité des Régions de l’Union européenne, dans un projet de plan de communication 2015-2019 baptisé « Reconnecter l’Europe à ses Citoyens ». L’initiative, adoptée en décembre 2014, souligne l’importance « des secteurs d’activités innovants et européanisés qui sont sous-estimés et sous-utilisés », notamment celui du sport, et à même « de renforcer le récit de l’Europe ».

La Commission européenne, dès 2007 (Livre Blanc sur le Sport), et le Parlement européen en 2012, puis 2017 (Résolution sur la dimension européenne), s’étaient déjà risqués à dessiner les contours d’une intervention européenne dans le secteur sportif. Les deux institutions ont su tirer parti d’une compétence souple et marginale, face à un mouvement sportif recroquevillé sur lui-même et tournant en vase clos. Plutôt que de mettre l’accent sur les menaces pesant sur l’intégrité du sport professionnel (dopage, corruption, trucage de matches, etc…), elles ont rapidement développé une doctrine consistante sur l’impact sociétal du sport.

Là est la plus-value européenne : éduquer, soutenir, partager les expériences pour donner à voir le véritable rôle que le sport peut jouer comme outil au service de grandes problématiques sociétales. Activer le sport comme facilitateur et accélérateur de changement social, lorsqu’il est utilisé à bon escient.

On a donc vu naître tour à tour des programmes de financement pour structurer l’accueil des réfugiés dans les associations sportives, pour lutter contre la radicalisation à travers le sport, pour promouvoir les jeux et sport traditionnels.

Une incarnation européenne par le sport ?

On peut le déplorer, mais les incarnations personnelles des institutions que sont Jean-Claude Juncker et Antonio Tajani ne sont pas des modèles de popularité. Les sportifs en revanche sont autant de leaders d’opinion du paysage médiatique. Il ne s’agit évidemment pas de remplacer notre personnel politique par des sportifs. Reconnaissons à tout le moins que ce sont eux les stars des réseaux sociaux. Un espace que les institutions ont négligé pendant trop longtemps.

Au-delà de la personnalisation de la communication, l’UE doit aujourd’hui répondre à un impératif fondamental : réconcilier notre diversité avec un besoin vital de cohésion sociale. Les valeurs du sport peuvent se confondre avec les valeurs de l’Europe. C’est ici où le sport – carburant de notre imaginaire collectif – peut apporter sa contribution primordiale. L’idée d’une Europe du sport existe déjà, au moins inconsciemment. Comme l’explique le philosophe Gunter Gebauer, « cette géographie mentale, construite par les matches européens, permet l’identification des citoyens et favorise le sentiment européen »L’étape suivante consisterait à la faire coïncider avec notre Europe politique.

Dans cette recette européenne, les ingrédients semblent être réunis : intérêt des jeunes pour le sport, considération grandissante des politiques européennes pour ce domaine et fort potentiel de communication. Reste à trouver le bon dosage pour redonner, peut-être, le goût de l’Europe.

Maxime Leblanc est le responsable des affaires européennes du think tank Sport et Citoyenneté.

© Photo : Pixabay – FotoshopTofs

Maxime Leblanc

Maxime Leblanc

Maxime Leblanc est diplômé de Sciences Po Toulouse. Spécialiste des politiques européennes du sport, il est responsable des affaires européennes pour le think tank Sport et Citoyenneté. En savoir plus ...