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Trump à l’ONU. Un discours « coup de poing » pour masquer l’absence de stratégie

Le discours de Donald Trump devant l’Assemblée générale de l’ONU, le 19 septembre, participe d’une mise en scène de lui-même en chef autoritaire, qui joue sur les peurs et la nostalgie, mais qui cache mal l’absence de politique étrangère cohérente.

Le 18 septembre, lors d’une réunion sur la réforme de l’ONU où il se rendait pour la première fois, Donald Trump en avait fustigé « la bureaucratie et la mauvaise gestion », tout en estimant que l’Organisation avait les cartes en mains pour se défaire de tels travers. Il s’était aussi félicité d’avoir, à quelques rues des Nations Unies… construit sa Trump Tower. Au petit matin du 19 septembre, il avait « teasé » son intervention devant l’Assemblée générale par un tweet : « Un grand jour à l’ONU : plein de bonnes choses et quelques autres délicates. On a une super équipe. Grand discours à 10 heures ». « Great », « big » : le champ lexical auquel Trump nous a habitués était mobilisé, comme pour dire : « vous verrez, on parlera de moi ».

De fait, c’est un discours « belliqueux », comme l’a qualifié le New York Times, que Donald Trump a prononcé devant les chefs d’État et responsables politiques du monde entier. Un discours globalement pessimiste, passéiste et clivant, présentant une vision binaire du monde : les bons contre les méchants, les pays vertueux contre les États criminels et les « losers », les populations nationales contre les immigrés – qualifiés de problème. Un discours à son image : provocateur, égotique, revanchard. Mais avec Guantanamo, avec un président qui légitime le racisme et met en place des politiques fragilisant les droits des femmes et des minorités, sur son sol et ailleurs, les États-Unis de Trump appartiennent-ils vraiment au camp des « pays vertueux » ?

Rédigé par Steve Miller, rescapé du clan des nationalistes suprémacistes de la Maison blanche après le départ, cet été, de Steve Bannon et de Sebastian Gorka, le speech avait toutes les caractéristiques de la nostalgie d’une Amérique fermée sur elle-même et n’agissant que pour ses intérêts propres en revêtant, si besoin est, une fois encore les habits de gendarme du monde. Une vision décalée dans le monde multipolaire d’aujourd’hui, et pour le moins contradictoire.

Une « doctrine » de la souveraineté nationale peu cohérente avec les velléités d’interventions militaires

Tout en se détachant de l’idéologie néoconservatrice bien qu’il en reprenne les idées de « mal » et d’« États voyous », Trump est allé plus loin que George W. Bush, dont la doctrine était par ailleurs on ne peut plus cohérente. Elle était élaborée par une troisième génération d’intellectuels néoconservateurs, focalisés sur la politique étrangère et la grandeur de l’Amérique dans le monde via la diffusion des idéaux de libéralisme et de démocratie.

Hier, le président américain s’est fait le défenseur de la souveraineté nationale, condition selon lui de la paix et de la prospérité mondiales. Il a prononcé le mot « souveraineté » plus de vingt fois. Mais si d’un côté, Trump en appelle au réveil des nations et au patriotisme, de l’autre, les interventions militaires extérieures ne sont pas écartées. Trump a en effet explicitement menacé de « détruire complètement » un pays tout entier, la Corée du Nord (l’un des plus nationalistes au monde, au passage), qualifiant de nouveau, cette fois devant une assemblée à laquelle il est d’usage de s’adresser avec un langage soutenu, Kim Jong-un de « Rocket Man » qui se serait engagé dans une « mission suicide ». Trump a également dit envisager d’intervenir dans les affaires intérieures de deux autres pays, Cuba et le Venezuela, où les dirigeants menacent la démocratie et dont il estime, comme aurait pu le formuler Reagan trente ans plus tôt, que le problème est d’avoir été socialistes.

L’autre État ciblé par les attaques de Trump, c’est, une fois de plus, l’Iran. Il a de nouveau vivement critiqué l’accord sur le nucléaire iranien, qu’il juge contraire aux intérêts de États-Unis mais qui a comme tort principal, aux yeux du président en exercice, d’être multipartite et d’avoir été conclu par son prédécesseur. « Vous n’avez pas fini d’en entendre parler, croyez-moi », a-t-il dit. Que signifie concrètement cette menace, répétée depuis la campagne électorale, mais jamais mise à exécution ? Personne ne le sait. Or, l’accord a pour objectif d’empêcher le développement du nucléaire militaire et c’est un point sur lequel Trump semble faire un contresens. De plus, comme à Riyad lors de son déplacement de mai dernier, Trump a fait de l’Iran le complice du terrorisme djihadiste alors que ce dernier est lié au sunnisme radical. Le ministre iranien des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a réagi hier en disant que les mots de Trump démontraient « son ignorance » des réalités.

La communication péremptoire de Trump prône le combat plutôt que le débat. Il cultive son impulsivité et se présente comme l’opposé d’Obama, ce « président faible ».

Pas un mot, par ailleurs, sur le changement climatique alors que les États-Unis viennent d’être frappés de plein fouet par deux ouragans et que des rumeurs laissaient entendre, ces derniers jours, que l’administration Trump envisageait de revenir sur sa décision de sortir de l’accord de Paris. De politique environnementale, le président américain n’en a pas. 

Même à l’ONU, c’est à sa base électorale que Trump s’adresse

La communication péremptoire de Trump prône le combat plutôt que le débat. Il cultive son impulsivité et se présente comme l’opposé d’Obama, ce « président faible », ce « président qui s’excuse », comme ses adversaires républicains l’ont qualifié pendant huit ans. Il se met délibérément en scène en chef autoritaire, en jouant sur les peurs et la nostalgie. L’Amérique qu’il promeut est debout, forte, combative… « virile », au risque de l’isolement diplomatique. Il a choisi (avec ses généraux), de bombarder les installations militaires de Bachar el Assad, il a opté (poussé par Bannon) de renoncer à l’accord de Paris sur le climat. Il prétend pouvoir, de son propre chef, décider de détruire la Corée du Nord – ce qui n’arrivera pas. Menaces, bras de fer, volonté de domination, ultimatums donnent l’illusion d’un pouvoir unilatéral et sans partage. Quelle est sa stratégie vis-à-vis de la Corée du Nord ? Comment compte-t-il négocier avec ses alliés sur le sujet ? L’incertitude est totale. Quelle sera, pour les mois à venir, sa politique au Moyen Orient ? Compte-t-il sur l’applicaton du seul principe de « souverainete » pour y restaurer la paix ? Par ses menaces et ses silences, Trump attise les inquiétudes en plusieurs points du globe.

Le Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, avait ouvert la journée du 19 septembre par des mots de coopération entre les peuples et entre les nations : « La confiance entre et à l’intérieur des pays est menacée par ceux qui diabolisent et qui divisent ». Il avait aussi appelé les pays à respecter les engagement environnementaux de l’accord de Paris, critiqué le rejet des réfugiés et appelé à la compassion et à la décence à leur sujet. Un double avertissement à Trump ? L’ONU a pour but de faire travailler ensemble les nations ; Trump les oppose. Sa réaffirmation, devant l’Assemblée générale des Nations Unis, du mot d’ordre « America first » et du refus assumé du multilatéralisme est plus qu’une provocation : elle confine à la vulgarité. Mais c’est ce qui plaît à ses supporters. Devant les chefs d’État du monde entier, c’est en fait à sa base électorale que Trump s’est adressé. Une base qui lui reprochait, ces derniers jours, de vouloir sceller un accord avec les démocrates sur un sujet ô combien brûlant, celui de l’immigration.

© Photo : Flickr

Marie-Cécile Naves

Marie-Cécile Naves

Marie-Cécile Naves est docteure en science politique, chercheuse associée à l’IRIS et vice-présidente du think tank Sport et Citoyenneté. Ses travaux portent principalement sur les Etats-Unis, le sport, l’égalité femmes-hommes. En savoir plus ...
Marie-Cécile Naves