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Trump et les républicains poursuivent leur guerre contre les femmes

Alors qu’Amnesty International estime que 60 % des femmes à travers le monde ne bénéficient pas d’un accès libre à l’avortement et que toutes les neuf secondes, une femme a recours à un avortement clandestin, alors que les gouvernements ultra-conservateurs gagnent du terrain en Europe, l’annonce du président Trump, attendue le mardi 22 mai, de supprimer les subventions fédérales aux cliniques pratiquant des avortements témoigne que les femmes sont les premières cibles des anti-démocrates.

L’anecdote pourrait prêter à sourire. Bill Gates a récemment rapporté qu’il avait rencontré deux fois le président Trump et que, par deux fois, ce dernier lui avait demandé la différence entre le SIDA et le papillomavirus. Même si les deux acronymes se ressemblent beaucoup en anglais – HIV et HPV -, cette confusion interpelle.

L’obsession que le parti républicain, au nom de la lutte contre l’avortement et la contraception – qui elle-même obéit à des considérations religieuses mais vise aussi à lutter contre le métissage alors que la population « caucasienne » décline –, met à menacer la santé sexuelle des femmes procède d’une grande méconnaissance de celle-ci. Trump, qui se fait le relais de cette obsession par souci électoral(liste), en fait ouvertement la preuve.

Aujourd’hui, 22 mai, le président des États-Unis devrait, selon plusieurs médias américains, annoncer que les cliniques, hôpitaux et maisons de santé pratiquant des avortements, conseillant les femmes sur les établissements les pratiquant ou même informant les femmes sur l’avortement se verront couper leurs financements fédéraux. Ce n’est évidemment pas par souci d’économie budgétaire – il s’agit là de quelques dizaines de millions de dollars annuels – mais d’idéologie. C’est une politique masculiniste.

Les financements fédéraux directs de l’avortement sont déjà interdits dans le pays. Là, il s’agirait donc d’aller plus loin. Le Planning familial (Planned Parenthood), qui a dit qu’il se réservait la possibilité d’aller devant la justice et qu’il ne fermerait pas ses centres car il est bien souvent la seule option pour les femmes vivant dans les territoires ruraux, est en première ligne. Une revanche de la Maison blanche sur cette organisation, suite à la polémique qui l’a récemment opposée à la fille aînée et au gendre du président ?

Cecile Richards, la présidente du Planned Parenthood, raconte en effet dans son livre Make Trouble: Standing Up, Speaking Out, and Finding the Courage to Lead que les époux Trump-Kushner lui ont proposé de garantir ses subventions fédérales en échange d’un arrêt complet des avortements. Ils étaient selon elle uniquement là pour « assurer une victoire politique. Dans leur esprit, faire cesser les avortements au sein du Planning Familial assiérait leur réputation de négociateurs doués. » Cette proposition, estime Cecile Richards, qui l’a refusée, « avait l’air d’un pot-de-vin. » 

La santé des femmes menacée

Certes, les cliniques et hôpitaux qui perçoivent des subventions fédérales les reçoivent essentiellement de Medicaid, destiné aux plus démunis. Mais Medicaid est amputé aussi par des décisions de l’administration Trump qui détricote l’Obamacare petit à petit. Les conséquences de la nouvelle annonce du président seraient dramatiques pour les femmes et les adolescentes souhaitant avorter, mais aussi pour toutes celles qui se rendent dans un des centres médicaux concernés pour d’autres raisons : accès à la contraception (laquelle répond à de nombreux besoins de santé, et pas seulement un contrôle des naissances), dépistage et traitement des cancers féminins, lutte contre les infections et autres soins gynécologiques.

De plus, la confiance qu’une patiente peut avoir dans son médecin s’en trouverait fragilisée, puisque celui-ci serait incité à lui cacher des informations, voire à lui mentir. Le Dr. Hal Lawrence, qui est le vice-président exécutif de l’executive of American College of Obstetricians and Gynecologists, a prévenu qu’il n’était pas question pour le gouvernement d’interférer dans la salle d’examen.

Or, ce n’est pas la première mesure du président qui va dans ce sens. Après avoir dit, pendant sa campagne, qu’il entendait « punir les femmes » qui ont recours à l’avortement, Trump s’était, en janvier 2017, adressé aux anti-avortement lors de la « Marche pour la vie » qu’ils organisent tous les ans à l’occasion de l’anniversaire de l’arrêt « Roe versus Wade » de la Cour suprême, en 1973, qu’ils voudraient voir abroger.

C’est un tour de force mais Trump, le président républicain à la vie sans doute la plus dissolue, la plus immorale, divorcé deux fois, amateur de prostituées, empêtré dans des affaires de viol et de harcèlement sexuel, s’est assuré jusqu’à présent du soutien des religieux conservateurs.

Au même moment, soit juste après son arrivée au pouvoir, Trump avait signé, comme ses prédécesseurs républicains, un décret supprimant les subventions aux associations internationales qui, dans les pays pauvres, dispensent des informations sur l’avortement. Il avait ensuite étendu à toutes les entreprises la liberté de ne pas inclure la contraception dans l’assurance-santé de leurs employées. Jusqu’ici, dans le cadre de l’Obamacare, seules les organisations à caractère religieux avaient cette possibilité. La nomination à la Cour suprême, par Trump, d’un neuvième juge proche des mouvements pro-life, Neil Gorsuch, est dans la même logique.

Trump s’inscrit néanmoins dans l’histoire et l’idéologie contemporaines du parti républicain qui a adopté durant l’été 2016 un programme profondément attentatoire aux droits des femmes avec, entre autres, une interdiction totale de l’avortement.

Depuis 30 ans, la mobilisation des pro-life est plus efficace, notamment par sa dimension communautaire, que celle des pro-choice. Sous sa présidence, George W. Bush, qui voulait « bâtir une culture de la vie » en s’appuyant sur les Églises pour appliquer sa théorie du « conservatisme compassionnel », avait nommé à la Cour suprême John Roberts et Samuel Alito, aux positions très conservatrices sur la sexualité et sur les femmes. Ces dernières années, plus de 200 lois ou mesures anti-avortement ont été prises dans 30 États fédérés, dont l’Indiana où Mike Pence, farouche adversaire de l’avortement, était sénateur. Leur but est de limiter considérablement les possibilités d’avorter, quelles qu’en soient les conséquences sanitaires, sociales, économiques et psychologiques pour les femmes, voire quelles que soient les circonstances de la conception (viol et inceste compris).

L’instauration d’un « droit de discriminer »

Un véritable rouleau compresseur rétrograde est en marche. Comme le note un rapport d’avril 2018 rédigé par un centre de recherche juridique de l’Université de Columbia et le Center for American Progress, un think tank proche du parti démocrate, l’appel à la liberté de conscience et de religion, dans un nombre croissant de politiques publiques et de décisions de l’administration Trump, constitue un droit à discriminer les femmes, les minorités religieuses, les athées et les LGBT, afin de satisfaire les chrétiens conservateurs.

Deux textes en particulier, un décret du président intitulé « Promoting Free Speech and Religious Liberty », et un guide édité par le ministre de la Justice, Jeff Sessions, « Federal Law Protections for Religious Liberty », en sont à l’origine. Le ministère de la Santé, en particulier, se caractérise, dit le rapport, par « l’une des concentrations les plus importantes de militants connus anti-LGBTQ. » En janvier 2018, la création, en son sein, d’un nouveau département dédié à la liberté de conscience et de religion, permet aux personnels médicaux de refuser de prodiguer des soins ou des informations contraires à leur conscience – avortement, contraception, mais aussi certaines opérations et traitement hormonaux. Et demain, les transplantations d’organes ? Les transfusions sanguines ?

S’assurer du soutien des électeurs ultra-conservateurs

Plus profondément, Trump, qui est de nouveau en campagne, multiplie les gestes envers les ultra-conservateurs. C’est un tour de force mais ce président républicain à la vie sans doute la plus dissolue, la plus immorale, divorcé deux fois, amateur de prostituées, empêtré dans des affaires de corruption avec des anciennes maîtresses ou victimes présumées de viol ou de harcèlement sexuel de sa part, s’est assuré jusqu’à présent d’un fort soutien des religieux conservateurs. Les chrétiens évangéliques, dont le vice-Président, Mike Pence, fait partie et veille à ce que leurs intérêts soient satisfaits, ont aussi obtenu que l’ambassade des États-Unis en Israël déménage à Jérusalem – peu importent les conséquences pour la paix et le respect du droit international.

Le durcissement sur l’avortement pourrait permettre à Trump de regagner du crédit auprès des électrices républicaines, chagrinées par les scandales sexuels dans lesquels le président tente de se débattre. Le risque de surenchère droitière n’est donc pas à exclure, dans les prochains moins, au cas où cela ne suffirait pas.

Les grossesses non désirées pénalisent souvent davantage les femmes issues de milieux défavorisés : accès plus difficile à l’information comme à la contraception et à l’avortement, coût économique d’élever un enfant supplémentaire, d’autant que le congé maternité et le congé parental n’existent pas aux États-Unis et que la garde d’enfant relève essentiellement du secteur privé marchand. Nombre de décideurs républicains considèrent néanmoins que la place des femmes n’est pas au travail mais au foyer, sans se soucier des conditions de subsistance des femmes pauvres. Ils rêvent d’un retour en force du modèle de l’homme bread winner et du mariage (hétérosexuel), faisant fi des réalités sociales.

Pologne, Hongrie, Irlande, Italie, États-Unis… Les femmes ont un accès de plus en plus difficile à l’avortement. Quand ce dernier n’est pas purement et simplement interdit, il est de plus en plus limité. Or, il est notoire que l’interdiction de l’avortement ne fait pas diminuer le taux d’avortement, mais exploser le nombre d’avortements clandestins. Les plus aisées iront à l’étranger, dans un autre État fédéré ou s’offriront à prix d’or les services d’un médecin. Les autres recourront à des pratiques qu’on pensait, et qu’on espérait révolues.

© Photos : Flickr et Wikimédia Commons

Marie-Cécile Naves

Marie-Cécile Naves

Marie-Cécile Naves est docteure en science politique, chercheuse associée à l’IRIS et vice-présidente du think tank Sport et Citoyenneté. Ses travaux portent principalement sur les Etats-Unis, le sport, l’égalité femmes-hommes. En savoir plus ...
Marie-Cécile Naves