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« Guerre » contre le coronavirus : la bataille des masques

–  Serge Orru, Environnementaliste, & Carlos Moreno, directeur scientifique Chaire ETI, IAE, à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Le Coronavirus a des capacités de propagation exponentielles, jamais vues dans l’histoire de la santé moderne. Il est arrivé en France fin janvier et a fait sa première victime le 14 février. Nos valeureux soignants nous alertent du manque criant de masques de protection dans les hôpitaux alors qu’ils sont particulièrement vulnérables, placés en première ligne face à cette pandémie. Les personnels médicaux sont infectés également et ne peuvent plus remplir leur mission, déséquilibrant l’hôpital, déjà en souffrance.

Ce virus qui mesure 0,13 micron, soit 500 fois plus petit qu’un cheveu, bloque l’activité économique et social de notre pays, de toute l’Europe et bouleverse la planète.

Pour la population française, la question de sa protection se pose : la première, les tests massifs sont indispensables pour savoir qui est contaminé et mieux gérer sa sociabilité ou son traitement en cas d’aggravation. Ils n’ont pas eu lieu, comme cela a été pratiqué ailleurs, avec une très grande efficacité. La Corée, juste derrière nous maintenant, en malades après avoir été la deuxième, après la Chine, n’a eu que 84 morts.

La deuxième, comment accompagner les gestes barrières. L’absence de tests, va de pair avec la présence du virus partout sans le savoir. L’expérience chinoise montre que pour une personne contaminée confirmée, il peut y avoir vingt qui ne les savent pas. Alors oui, dans ce cas, face à ce terrible manque, les masques sont un maillon indispensable. Cette protection devient alors un usage nécessaire surtout en situation de proximité, si vous êtes en face d’un contaminé qui s’ignore.

Mais quel masque porter ? Les seuls masques efficaces, les FFP2, ne sont pas fabriqués en France, et l’Allemagne, principal producteur européen, en a bloqué l’exportation. Cela revient à dire que nos soignants, en attendant les FFP2 qui tardent toujours à arriver, sont surexposés, le masque chirurgical ne les protège pas efficacement, compte tenu de la taille nano métrique du COVID-19, lui permettant de passer au travers.

On pourra légitimement se poser la question de l’impréparation de notre protection élémentaire devant cette crise majeure, et de l’absence de FFP2 près de trois mois après l’identification du virus et la connaissance de sa taille. Il viendra le temps d’établir les responsabilités mais maintenant l’union et la solidarité sont indispensables pour sortir de cette situation épidémique.

Porter des masques pour accompagner les gestes barrières est pour toute la population, un élément clé pour participer à la contention de la pandémie. Les tests et les masques ont été pour le Japon, la Corée du Sud, Singapour,Taïwan et Hong Kong, l’un des pivots pour agir vite et bien. Ils auraient coûté beaucoup moins cher que le désastre économique que nous allons collectivement tous subir avec l’arrêt de toutes les activités, un confinement qui ne dit pas son nom et les lourdes conséquences économiques dont son chômage de masse.

Aujourd’hui, le confinement est obligatoire et impératif pour juguler cette crise sanitaire. Mais, il faut bien se nourrir et aller faire nos courses au dehors. Beaucoup d’entre nous vont travailler, souvent au contact du public sans masque, ni gant.

On expose les hommes et les femmes chaque jour à un virus qui faut des ravages chaque semaine en doublant en trois jours le nombre des personnes contaminées. Faut-il écouter les arguments de celles et ceux qui nous disent que cela ne sert à rien, tout simplement parce qu’il n’y en a pas suffisamment…

« Les français ne pourront pas acheter de masque dans les pharmacies, car ce n’est pas nécessaire si l’on n’est pas malade. » est devenu un leitmotiv. Seuls les contaminés présentant de graves symptômes y auraient droit.

Au secours !!! Quand on sait que des contaminés ne présentent aucun signe du COVID-19 avec ses 130 nanomètres et qu’ils continuent ainsi à propager le virus. Alors que le dépistage de la population n’est pas prévu, contrairement à d’autres pays qui pratiquent des dizaines de milliers de tests par jour, alors que la France se classe très loin dans les pays au monde en valeur absolue et en proportion d’habitants. Puisque nous sommes en guerre, comme l’a dit justement notre président, pourquoi ne pas convertir quelques usines pour fabriquer massivement des masques pour tous nos soignants et pour toute la population ? Quand bien même nous sortirions du confinement dans 30 ou 40 jours, il faudra bien continuer à se protéger quand nous retournerons à nos activités, hors de nos habitations. Les scenarii de sortie ne sont pas connues et on peut encore être exposé au risque pour ds périodes plus longues. Le Pr Fergusson de l’Imperial College à Londres l’a souligné lundi en conférence de presse avec le Premier Ministre britannique, avec un calendrier de sortie pour l’UK s’étalant sur 18 à 24 mois. D’où la nécessité d’en fabriquer massivement en France. C’est tout de même moins compliqué de fabriquer des masques FFP2 que de construire des Airbus et des Rafales ou des EPR. Nous ne pouvons combattre sans gilet pare-balle. On ne peut pas déclarer la guerre, en disant seulement tous aux abris et se défendre avec des pistolets à eau. C’est comme combattre le SIDA sans produire des préservatifs.

Avec 2400 cas confirmés, Paris et sa banlieue est désormais la région la plus touchée par le coronavirus. 270 personnes sont actuellement en réanimation et les deux-tiers sont intubés. En réanimation, l’âge médian est de 60 ans mais certains patients en état grave ont 35-40 ans.

En Grand Est, l’Alsace, en particulier mais aussi en Corse et sur tout notre territoire la situation devient très critique.

Si on sort à l’extérieur, seulement si c’est nécessaire, on doit impérieusement respecter la distance métrique de deux mètres – un mètre est insuffisant selon les spécialistes – et pouvoir porter masque, gants en accompagnement clé des gestes barrières en proximité car le virus pénètre notre bouche, notre nez et nos yeux . C’est une urgence car nous allons connaître une saturation des installations sanitaires pour les plus gravement d’entre nous atteints par le coronavirus. La triste situation de nos cousins Italiens doit nous servir à anticiper sur des mesures de confinement et de protection intégrale.

Nous étions déjà le seul pays où le nuage de Tchernobyl s’était arrêté à notre frontière et dorénavant celui où les masques FFP2 ne serviraient à rien et les tests de dépistage seraient inutiles. Inquiétantes exceptions françaises qu’il va falloir surmonter.

– Image de Yacine Ait Kaci

Nabli Béligh

Nabli Béligh

est universitaire et directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Après des études en droit à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et à l’Institut Universitaire Européen (Florence), il a enseigné (de 2009 à 2017) les « Questions européennes » et les « Questions internationales » à Sciences Po Paris. Ses travaux et réflexions portent essentiellement sur des problématiques juridiques, politiques et institutionnelles françaises, européennes et méditerranéennes.
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est universitaire et directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS). Après des études en droit à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et à l’Institut Universitaire Européen (Florence), il a enseigné (de 2009 à 2017) les « Questions européennes » et les « Questions internationales » à Sciences Po Paris. Ses travaux et réflexions portent essentiellement sur des problématiques juridiques, politiques et institutionnelles françaises, européennes et méditerranéennes.

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