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De quoi Mélenchon est-il le nom ?

 

Ces dernières semaines, le « feuilleton Mélenchon » a fait passer au second plan la séquence calamiteuse que connaissait l’exécutif depuis un trimestre. Si les opérations judiciaires réputées orchestrées contre LFI (La France Insoumise) avaient pour but de brouiller la séquence douloureuse du remaniement (c’est la thèse de Jean-Luc Mélenchon), elle a alors pleinement réussi…mais principalement du fait de l’hystérisation provoquée par le leader de LFI. Cette affaire interroge sur la nature politique et idéologique tant de LFI que de son chef de file.

 

Les faits

L’affaire mettant en cause LFI concerne des soupçons d’emplois fictifs au parlement européen et des irrégularités sur les comptes de la campagne présidentielle de 2017. Sur le volet des emplois fictifs, elle n’est pas sans rappeler les investigations judiciaires accablant le MODEM et le RN (ex FN) depuis plusieurs années.

Sans préjuger de l’issue judiciaire qui sera donnée, on ne peut que s’interroger sur la date de perquisition ayant eu lieu le 16 octobre 2018, en même temps que le remaniement du gouvernement, cette opération pouvant passer à juste titre pour une manœuvre de diversion du pouvoir. Il s’agit de la thèse centrale des soutiens de Jean-Luc Mélenchon. A contrario, la suite est de la responsabilité du leader de LFI et de ses proches : que ce soit la volonté de forcer les portes et les lieux du siège de LFI au moment de la perquisition des policiers et du procureur, les menaces verbales ou les intimidations physiques tant à l’égard des policiers que du procureur présent sur les lieux, les déclarations exagérées soulignant le caractère égocentrique du personnage Mélenchon (« ma personne est sacrée », « la République, c’est moi »).

Les jours suivants, on a assisté à un feu nourri tant du leader de LFI et de ses lieutenants concernant l’instrumentalisation de la justice, de la police et des médias par un pouvoir manipulateur. Cet emballement du camp de LFI en dit long sur la nature politique de ce mouvement et son rapport à la gauche et à la démocratie.

 

Justice, Pouvoir, Médias : une triple mise en cause

L’offensive politique de Jean-Luc Mélenchon s’articule autour de la dénonciation de trois institutions censées incarner l’Etat de droit : le pouvoir exécutif, la justice et les médias.

Selon Mélenchon, le pouvoir exécutif cherche à abattre politiquement LFI et son chef. Cette posture témoigne d’une appétence au sein de LFI pour les thèses à connotation complotiste ainsi que d’un refus d’accepter la légitimité de l’exécutif issu des urnes en 2017. On se souvient que Jean-Luc Mélenchon fut le seul candidat à attendre la fin de la nuit électorale du 21 avril 2017 pour accepter sa non présence au second tour. Et il n’a eu de cesse depuis de se répandre dans les médias pour pointer l’absence de légitimité du nouveau pouvoir. Il a encore récidivé à Strasbourg le 24 octobre au parlement, rappelant à nouveau qu’il ne lui avait manqué que 600 000 voix pour être présent au second tour. Cette posture présente l’avantage pour LFI de dénier toute légitimité à l’exécutif pour mener ses réformes. Ce discours a notamment été colporté pour justifier l’opposition aux ordonnances travail ou à la réforme de la SNCF. Cette posture confirme le problème pour LFI à s’inscrire dans la logique de la démocratie représentative.

Sur le front judiciaire, on aurait donc affaire à une justice de caste prolongeant la domination des élites sur les masses. Les actions judiciaires récentes sont délégitimées d’avance du fait de rapport de sujétion entretenu par le procureur à l’égard de l’exécutif. Cette critique n’est d’ailleurs pas l’apanage de LFI puisque la cour européenne des droits de l’homme (CEDH) considère que le procureur n’est pas une autorité judiciaire indépendante.

Mais c’est sur les médias que les critiques de Jean-Luc Mélenchon provoquent le plus grand malaise. Ses propos auraient tout aussi bien pu être tenus par Donald Trump ou d’autres dirigeants démagogues et populistes. Ils ne sont ni plus ni moins que des appels à la haine et à la vindicte populaire. Les journalistes de Radio France sont ainsi traités de « menteurs » et de « tricheurs » après la diffusion d’une enquête évoquant les soupçons de surfacturation pour sa campagne. Il n’hésite pas à décrire ce média comme une « radio d’Etat » aux ordres du pouvoir. Le ton se veut guerrier lorsqu’il déclare à ses supporters : « pourrissez-les partout. Il faut qu’à la fin des milliers de gens se disent : les journalistes de France info sont des menteurs, sont des tricheurs ».

Plus surprenant apparaissent ses attaques contre Médiapart, qui a évoqué sur son site l’affaire touchant LFI. Pour Jean-Luc Mélenchon, on a là la « preuve » d’une « boucle Macronie-parquet-médias ». Edwy Plenel, qui n’a nullement ménagé le Président de la République le 15 avril dernier lors d’un entretien télévisé appréciera.

Ces propos montrent un Jean-Luc Mélenchon plus proche du Maurras du « pays légal » et du « pays réel » que d’un leader de gauche démocrate et respectueux des institutions. Ils le rapprochent du courant populiste qui se caractérise par une méfiance, voire un refus des formes classiques de la démocratie représentative. Ils brossent en toile de fond le profil d’un leader politique s’inscrivant de moins en moins dans la mouvance de la gauche réformiste dont il est originellement issu.

Plutôt que la « convergence des luttes », la collusion des populismes

Aux termes d’une année et demie de pouvoir d’Emmanuel Macron, Mélenchon ne peut que constater l’impasse de sa stratégie d’opposition irréductible au Président. En dépit de sa mobilisation contre les ordonnances travail et la loi SNCF, ces mesures ont été adoptées par la représentation nationale. Les mobilisations de LFI « pour faire la fête à macron » n’ont guère mobilisé les foules, en dehors des troupes de LFI et de la gauche de la gauche. La « convergence des luttes » ou le vœu d’un nouveau Mai 68 n’ont clairement pas imprimé dans l’opinion.

Mélenchon n’a pas non plus su sortir d’un isolement politique à gauche. Le PCF s’est clairement inscrit dans une stratégie (à hauts risques) de nouvelle visibilité politique passant par une rupture en termes d’alliances avec LFI. Les contacts avec le mouvement de Benoît Hamon n’ont guère abouti, d’autant que celui-ci dénonce depuis plusieurs mois le « césarisme » dont se pare Mélenchon, ainsi que le fait que ce dernier ne raisonne plus en clivage gauche-droite, mais sur le modèle populiste du peuple contre les élites suivant en cela la stratégie de Chantal Mouffe. Seule bonne nouvelle pour LFI : la volonté réaffirmée des récents démissionnaires du PS (Emmanuel Maurel et Marie-Noëlle Lienemann) de se rapprocher de LFI pour le scrutin des européennes.

La « convergence des luttes » ayant échoué, Mélenchon se trouve de plus en plus happé dans un processus de collusion des populismes. Sur ce point, il s’inscrit dans une tendance lourde des scènes politiques européennes et mondiales, maquée depuis plusieurs années par la montée en flèche des populismes tant à gauche qu’à droite.

Nombre de ses interventions de ces dernières années accréditent cette évolution. Il en est ainsi de son rapport à l’information en général. Au printemps 2018, il s’est opposé à l’exécutif lorsque celui-ci s’est proposé d’agir contre les fake news par une loi. Toujours à la même période, le journal TV le Média, très proche de LFI a suscité un tollé en mettant en doute l’implication du régime syrien dans les bombardements meurtriers de la plaine de la Goutha. Depuis plusieurs jours, certains de ses soutiens sur la toile accréditent l’information (totalement fausse) que la CEDH aurait déclaré illégales les perquisitions à LFI et chez Jean-Luc Mélenchon. A nouveau, on ne peut qu’éprouver un malaise devant des méthodes de plus en plus utilisées par nombre de personnalités politiques s’inscrivant dans le champ du populisme.

La posture présidentielle de Mélenchon suscite de réelles interrogations. Son souhait d’une 6ème République est-il vraiment sincère alors que tout dans le fonctionnement de son mouvement accrédite l’idée d’un homme providentiel, décidant avec un petit groupe lui étant entièrement dévoué. Mélenchon n’a en outre jamais caché son admiration pour certaines figures autoritaires comme Fidel Castro ou Hugo Chavez.

Dans un remarquable article de la revue du crieur en février 2018, l’universitaire Jean-Numa Ducange, spécialiste de Jules Guesde et de Karl Marx, titrait sur « les adieux à la gauche de Jean-Luc Mélenchon ». Il mettait en évidence ses références historiques hétéroclites allant du roi Louis XI à Maurice Thorez, son appétence pour les symboles nationaux, sa faible prise de distance par rapport au passé colonial et militaire de la France et son incroyable indulgence à l’égard de l’héritage de François Mitterrand. L’universitaire pointait le progressif abandon par Jean-Luc Mélenchon du vocabulaire gauche/droite et de la lutte des classes, lui préférant celui de l’affrontement entre le peuple et l’oligarchie.

Le message politique véhiculé par LFI est donc loin d’être toujours progressiste. Cette ambiguïté se retrouve dans ses positions sur les migrants, ce qui a d’ailleurs valu à Mélenchon d’essuyer des critiques d’une partie de la gauche suite à son refus de se joindre à un manifeste lancé dans la presse et appelant à un meilleur accueil des migrants en Europe. Cette posture fait écho à la récente création en Allemagne du mouvement Aufstehen (« Debout ») par la vice-présidente de Die Linke (« la gauche ») qui tout en maintenant un discours très à gauche sur les questions économiques n’hésite pas à se montrer critique sur l’accueil des migrants.

 

Les investigations judiciaires récentes touchant LFI auraient pu donc rester au stade du fait-divers politique, si elles ne montraient pas l’inclination de son leader à adopter des postures et des discours l’amenant vers une pente clairement populiste. Le risque existe de se couper à terme d’un électorat traditionnellement de gauche. Les récentes enquêtes d’opinion semblent d’ailleurs montrer une franche désapprobation à l’égard de l’attitude adopté par Jean-Luc Mélenchon Avant le test crucial des Européennes, il lui reste 8 mois pour revenir dans le camp traditionnel de la gauche ou au contraire persister dans sa dérive populiste.

 

Gabriel Vargas

Gabriel Vargas

Gabriel Vargas est haut fonctionnaire.