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Du courage en politique

Il y a 16 ans, la France se faisait peur en plaçant Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. L’année dernière, c’est Marine Le Pen, sa fille, qui a renouvelé le tragique exploit. Et la prochaine fois ? Ces scores sont attribués à la fois à la situation générale (crise, replis, pertes de repères) et à la lecture médiatique qui en est faite (traitements anxiogènes, approches exploitant les peurs, etc.). La responsabilité des leaders d’opinion qui participent à cette lecture, certains de pacotille, est indéniable.

Ceux qui se laissent porter par le vent des opinions faciles

On cite souvent, avec raison, cet extrait du « discours à la jeunesse » de Jean Jaurès du 30 juillet 1903 au lycée d’Albi : « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire. C’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » L’actualité nous montre tous les jours que de nombreux responsables politique (de tous bords), éditorialistes et intellectuels, contrairement aux alibis qu’ils se donnent, préfèrent se laisser porter par le vent des opinions faciles plutôt que de s’intéresser à la complexité du monde. Il leur apparaît plus confortable et bien plus efficace en termes d’exposition de soutenir les « applaudissements imbéciles » et « les huées fanatiques » plutôt que de s’embarrasser avec la vérité.

Parfois même, il s’agira de favoriser d’un petit souffle le feu d’une idée médiocre, facile à entretenir, facile à manipuler et qui, s’il embrase le débat, n’aura jamais comme victimes collatérales que des gens qui n’appartiennent jamais au débat. Un incendie qui pourrait même avoir du « bon » parce qu’une idée facile qui brûle rend le terrain fertile à plein d’autres, exploitables ou utiles pour justifier des programmes politiques qui, sans ces contrefeux, apparaîtraient dans toute leur médiocrité.

L’éditorialiste, le politique, l’intellectuel de pacotille est bien persuadé qu’aucun incendie, jamais, ne viendra troubler son sommeil. Que lui importe alors de troubler celui des autres ? Que lui importe les inquiétudes des « droits de l’hommistes », il ne se sent pas concerné. Jamais le monstre médiatique ne se brule les doigts aux feux qu’il déclenche ; pourquoi, alors, se priver ?

Ceux qui ne s’adressent jamais à « l’opinion mobilisée »

Dans ces prises de position, il n’y a de leur part aucune distinction de faite entre « l’opinion publique » et « l’opinion mobilisée ». Cette distinction, élaborée par Pierre Bourdieu dans son ouvrage L’opinion publique n’existe pas, en 1978, est pourtant majeure. « L’opinion publique », c’est celle « que mettent en œuvre les sondages en demandant aux gens de prendre position sur des opinions formulées. » « L’opinion mobilisée », c’est celle qui a « intérêt » au problème posé et qui l’exprime publiquement. Vouloir « satisfaire » une « opinion publique » supposée sur un sujet que la plupart des personnes interrogées ne connaissent pas ou pour lequel elles ne portent pas un intérêt suffisant revient le plus souvent à basculer dans le populisme (s’opposant à un supposé « discours dominant ») puis, plus dangereux, dans la démagogie.

Ceux qui font l’opinion pour ensuite la « satisfaire »

Il s’agit de faire l’opinion pour lui donner ensuite l’impression qu’il faut la satisfaire. Sur certains sujets émotionnels, en ne se fondant que sur les passions. Comment pourrait-il en être autrement sur ces thèmes pour lesquels les personnes interrogées ne connaîtraient pas les tenants et aboutissants objectifs ? La rhétorique démagogique conduit, pour l’intéressé, à la satisfaction immédiate des attentes forcément irréfléchies du public ciblé, sans recherche de l’intérêt général mais dans le seul but de gagner des soutiens. Pour être efficace, l’argumentation ne peut qu’être simpliste, afin de pouvoir être relayée le plus simplement possible et par le plus grand nombre. Le doigt est mis dans l’engrenage d’une machine à simplifier et à tuer le débat public en l’enfermant dans des approches anxiogènes et simplistes. C’est cela qui engendre fake news, théories du complot, fantasmes, peurs et préjugés.

Ceux qui font le jeu des oppositions stériles

Aujourd’hui, la France est sensible dans son ensemble ou presque à des thèses radicales, voire extrêmes sur des sujets d’une immense diversité (économique, social, environnemental, sociétal, etc.). Cela génère une forte tension qui est le résultat d’une crise à caractère multiple : crise économique et sociale marquée par des inégalités croissantes, mais aussi crise d’identité dans la mondialisation et dans une Europe qui connaît à ses portes (et parfois en son sein) l’autoritarisme, les crises climatiques et les guerres. Pour toutes ces raisons, de nombreux Français sont légitimement inquiets.

Une des inquiétudes collectives les plus fortes renvoie au possible délitement de la cohésion nationale. En la matière, l’inquiétude des Français est double et diamétralement opposée : certains sont inquiets du rejet de « l’autre » quand d’autres le sont par peur de « l’autre ». En revanche, tous sont inquiets de « replis communautaristes ». Mais là encore, ils ne parlent pas de la même chose : les premiers craignent la fragmentation du pays entre différentes « communautés » très diverses (socio-culturelles, professionnelles, convictionnelles et religieuses, etc.) et repliées sur elles-mêmes ; les seconds craignent la remise en cause d’un mode de vie jugée majoritaire par une minorité vue comme un seul bloc. Et par « autres », si les premiers entendent « autrui », les seconds entendent « étrangers », « immigrés », « Syriens », « Africains », « Arabes », « Roms » et, très souvent, « musulmans ».

Ceux qui légitiment les peurs irrationnelles

Dans cette double inquiétude, une seule est parfaitement rationnelle, bien que l’autre soit réelle, avec des causes qu’il faut examiner et ne pas sous-estimer. Ainsi, même si une certaine visibilité de l’islam peut interroger et légitimement inquiéter quant à certains de ses ressorts, la peur d’un « grand remplacement » par l’islam ne résiste pas à la réalité des faits. Tout d’abord, alors que la majorité des Français estiment que 31 % de la population est de confession musulmane (1), la réalité est qu’elle ne s’élève qu’à environ 7,5 % (soit environ 5 millions) et qu’à 1,5 % (environ 1 million) pour celle qui assiste à la prière du vendredi.

Également, cette « communauté » n’en est pas une : en effet, les Français de confession musulmane sont d’origines diverses, parfois convertis, connaissent des courants différents mais aussi des pratiques distinctes au sein même de chaque courant. Plus trivialement, nombreux sont ceux qui, comme beaucoup d’autres Français, regardent TPMP de Cyril Hanouna, soutiennent l’équipe de France de football, lisent les mêmes livres et vont voir les mêmes films au cinéma. Bref, très majoritairement, les Français partagent les mêmes centres d’intérêts, quelle que soit leur confession.

Surfer sur les émotions, les exploiter, entretenir les peurs, les laisser grandir, c’est vieux comme la politique, c’est-à-dire vieux comme le monde, et aujourd’hui pas plus qu’hier ce n’est glorieux.

Dans le même ordre d’idée, il est absurde de réduire l’islam à ses courants les plus rigoristes et en particulier au salafisme, diffusé par les pays du Golfe. Même si c’est trop, très peu de Français de confession musulmane se déclarent « salafistes » (2) (0,4 % seulement, en tablant sur l’évaluation la plus élevée), et la grande majorité des Français musulmans louent le principe de laïcité (3) compris dans son sens juridique et non comme un outil de « neutralisation de la société ». Preuve que le « musulman » ne fait peur que lorsqu’on le réduit à son appartenance religieuse fantasmée. Parmi les 7 lauréats du titre de « personnalité préférée des Français » qui l’ont été plusieurs années consécutives, deux se déclarent de confession musulmane.

Ceux qui opposent les Français en les assignant à leur religion

C’est ici qu’il faut rappeler que ce n’est pas non plus en opposant les Français juifs aux Français musulmans que l’on combattra efficacement l’antisémitisme. La peur des Français de confession juive face à une intolérable recrudescence des actes violents antisémites doit faire réagir tout le monde. C’est un combat commun à tous. L’antisémitisme repose d’abord sur un fond de préjugés inacceptables, malheureusement trop largement répandu dans la société tout entière, et qui existe en France depuis Philippe le Bel.

Le clientélisme lâche de ceux qui refusent la complexité

Le courage, c’est de bien nommer les choses et surtout de les expliquer auprès de l’opinion pour mieux les combattre. La lâcheté, c’est de prétendre nommer les choses. Poser un mot, pointer du doigt, pour dire quelque chose en lui donnant un vernis de courage et d’audace sous prétexte que ça « briserait » des tabous n’a rien de courageux quand il ne s’agit que de dire ce que tout le monde dit déjà. Cela n’a rien de noble quand c’est « nommer » pour s’épargner un travail sur la complexité des réalités, leur polysémie. Dans ces cas-là, « nommer ,» ce n’est plus dévoiler, « nommer », c’est cacher.

Apposer une apparence d’audace sur une facilité intellectuelle. Se pavaner avec le masque du courage n’est pas être courageux. Surfer sur les émotions, les exploiter, entretenir les peurs, les laisser grandir, c’est vieux comme la politique, c’est-à-dire vieux comme le monde, et aujourd’hui pas plus qu’hier ce n’est glorieux. C’est simplement, aujourd’hui comme hier, le clientélisme lâche de ceux qui n’ont pas envie de travailler. Alors, évidemment, le problème est que cela entretient le pire, favorise les peurs et construit les haines. Mais le bénéfice politique et/ou médiatique semble bien valoir ce prix. Pourtant la citation est connue : « L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence. Voilà l’équation », disait Averroès.

Ceux qui réinventent l’histoire pour n’en tirer aucune leçon

Dans la France de 2018, nous avons oublié combien, à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, notre pays connaissait un climat de haine à l’égard des minorités, notamment les juifs, les protestants, les francs-maçons et les libre-penseurs. Il est utile d’y revenir pour souligner le rôle positif ou négatif — c’est selon — que peuvent avoir nos « leaders d’opinion » sur la cohésion nationale, mais aussi pour souligner quelques similitudes avec notre contexte actuel — qui est néanmoins moins tendu.

Le 6 février 1879, le quotidien catholique L’Univers dénonce le nouveau Gouvernement en le qualifiant de « ministère de protestants, de libres penseurs, de francs-maçons (…) dont la plupart sont d’origine plus ou moins exotique. » Ceux qui sont à la fois protestants et francs-maçons sont des cibles de choix, comme l’ancien pasteur Frédéric Desmons. On l’oublie souvent mais Émile Zola lui-même considère à l’époque que la participation des protestants à la République « défrancise » le pays en risquant de le transformer en une « grande Suisse, qui avant dix ans, serait morte d’hypocrisie et d’ennui. » En 1881, il écrit même : « Que les protestants s’en aillent (…) Ils colonisent la nation, pervertissent son âme en s’engageant en masse dans l’école laïque. »

Est également pointée la complicité dont seraient coupables les Français protestants avec l’Angleterre anglicane. Et parce que Ferdinand Buisson est d’origine protestante et libre penseur, l’école laïque est, elle aussi, accusée d’être « sous influence ». À la même période se développe très fortement l’antisémitisme, encouragé par certains journaux et des écrivains tels Jules et Edmond de Goncourt, Charles Maurras ou Édouard Drumont avec son pamphlet La France juive en 1886. L’affaire Dreyfus éclate dans ce contexte social extrêmement tendu et dans lequel, attisés par une presse relativement influente, le nationalisme et l’antisémitisme explosent. L’antisémitisme n’épargne pas l’institution militaire. Le capitaine Alfred Dreyfus, juif, est ainsi accusé à tort de trahison.

Cet antisémitisme va même rassembler, en partie, les opposants d’hier : une partie de la « France catholique », de celle socialiste, de celle petite-bourgeoise ou de celle ouvrière, et la France antirépublicaine, contre une supposée « France juive » qui mettrait « en péril » le pays tout entier… Lors des élections de 1898, certains candidats, dans toutes les formations politiques, s’affirment publiquement antisémites. Des voix s’élèvent néanmoins pour dénoncer ce climat et protester contre l’injustice faite à Dreyfus. Avec, en particulier, le célèbre « J’accuse » d’Émile Zola (qui a finalement rejoint le camp des défenseurs des droits de l’Homme), publié le 13 janvier 1898 en première page de L’Aurore, tiré exceptionnellement à près de 300 000 exemplaires ce jour-là (contre les 30 000 habituels).

La violence excessive de certains nationalistes conduit cependant, et heureusement, à un front uni républicain. En parallèle se développent des mouvements associatifs et d’éducation populaire visant à éveiller la conscience républicaine. La Ligue des Droits de l’Homme, créée le 4 juin 1898, se fixe comme objectif le combat contre l’injustice, l’illégalité, l’arbitraire, l’intolérance, toute forme de racisme et de discrimination. La Ligue de l’enseignement multiplie quant à elle ses initiatives en faveur de l’émancipation des individus, en particulier dans les patronages laïques. Enfin, la Fédération nationale de la libre pensée se développe : s’y impliquent des personnalités comme Aristide Briand et Ferdinand Buisson.

Le 3 juin, alors que la Cour de cassation annule la condamnation de Dreyfus et exige sa révision, Waldeck-Rousseau, nommé président du Conseil, forme un gouvernement de « Défense nationale » réunissant des opposants d’hier, qui ont la volonté commune de pacifier les esprits. Il mène une lutte rapide et efficace contre les chefs nationalistes. Aux élections de mai 1900, l’union républicaine enregistre une baisse sensible du camp nationaliste. C’est dans ce contexte qu’est votée la loi du 1er juillet 1901 qui légalise les multiples associations à but non lucratif et les partis politiques. Par la loi du 7 juillet 1904 qui interdit aux congrégations religieuses d’enseigner, mais aussi de prêcher et de commercer, Émile Combes, qui a pris la suite de Waldeck-Rousseau à la présidence du Conseil, relance le « conflit des deux France », entre celle qui se revendique « fille aînée de l’Église » et celle qui se revendique uniquement de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.

La rupture des relations diplomatiques avec le Vatican en 1904 qui s’ensuit rend caduc le régime concordataire et accélère la séparation des Églises et de l’État. Émile Combes y est d’abord réticent, souhaitant assurer le contrôle des cultes par le pouvoir. Finalement, après son départ, c’est dans un contexte de grande tension qu’est adoptée la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État. Elle s’impose finalement comme une loi de compromis, conclue essentiellement grâce à la détermination des députés Aristide Briand, Ferdinand Buisson et Jean Jaurès, et avec le soutien plus tardif, au Sénat, de Georges Clemenceau.

Ceux qui déchaînent les passions et refusent la raison

À l’époque, l’action d’Aristide Briand en particulier ne fut guidée que par la volonté d’œuvrer à l’intérêt général et à l’apaisement d’une société alors profondément divisée, bien davantage encore qu’elle ne l’est aujourd’hui. Jamais, dans ses propos, il ne céda ni à l’agressivité ni même à plus de passion que nécessaire, soucieux toujours de montrer qu’en cet instant, ce qui devait présider à cette loi était la raison. La raison comme le rempart du temps aux passions politiques d’alors. Sa responsabilité le lui commandait, refusant de faire le lit des scissions et, pire encore, de « déchaîner les passions religieuses » dans un pays marqué par de longues discriminations à l’encontre des minorités et par d’intolérables guerres de religion.

Cette loi de 1905 fait prévaloir une conception de la laïcité qui permet de fixer un cadre commun à tous, croyants ou incroyants. C’est une loi qualifiée « de liberté » et par laquelle l’État devient indifférent aux convictions ou croyances de chacun. Néanmoins, il faudra attendre 1924 pour que l’Église catholique accepte d’appliquer la loi et 1945 pour qu’elle la reconnaisse.

Ceux qui font de la laïcité une opinion

En France laïque, que l’on soit seul ou 10 millions à penser et à exprimer une conviction, l’on est considéré exactement de la même façon par la République. Celle-ci ne préjuge d’aucune expression religieuse ou non-religieuse. Elle ne qualifie pas davantage une pratique et ne la condamne pas dès lors qu’elle respecte l’ordre public. Il lui importe peu que les citoyens croient modérément ou passionnément dès lors qu’ils se soumettent à la loi commune qui, elle-même, se conforme aux principes fondamentaux rappelés par la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Bref, la République laïque est impartiale, neutre et objective ; elle se refuse à tout parti-pris et à toute action fondée sur la passion pour ne s’en remettre qu’à la raison.

La rhétorique qui convoque les instincts de chacun, et qui oppose les appartenances des uns et des autres, est profondément dangereuse en plus d’être inefficace.

Ainsi, lorsqu’au nom de la laïcité, on lit ou on entend, pour satisfaire une « opinion publique » construite par de simples anecdotes décontextualisées, qu’il faut exclure d’un lieu ou d’une activité  tel ou tel citoyen qui n’exprimerait pas la même conviction qu’une supposée majorité alors même qu’aucun trouble n’est constaté, on lui fait du tort et on en démontre sa profonde méconnaissance. Surtout, on participe de cette démagogie et de cette rhétorique de la peur qui ne peut que renforcer, d’une part les replis, d’autre part les potentielles discriminations et les évidents discours victimaires. L’exclusion n’est alors pas un signe de fermeté et encore moins un signe de courage, mais bien un signe de faiblesse et de lâcheté. On repousse la pédagogie et on refuse de traiter les causes profondes d’une peur liée à la conviction exprimée.

Ceux qui jugent la diversité française comme une faiblesse

La France est un beau pays, aux mille couleurs : du Pacifique à l’Atlantique en passant par l’Océan indien, il rassemble en son sein une grande partie du monde, ses cultures, ses paysages, ses religions, convictions et traditions. Cette immense diversité, que l’on ne retrouve peut-être nulle part ailleurs, participe à la force et la richesse du pays. C’est uniquement par celle-ci que la France peut, parfois, prétendre parler au nom de valeurs humanistes commune au plus grand nombre. Pourtant, comme par le passé, de plus en plus de Français en ont peur et se réfugient dans une identité mythifiée qui n’a jamais existé. Une peur qui en entraîne d’autres et qui alimentent replis, divisions et haine.

Ceux qui hiérarchisent les luttes et refusent le désir de continuer la vie commune

L’unité de la France, son indivisibilité même, tient aux valeurs qu’elle porte pour les siens depuis la Révolution française. On le sait mais on l’oublie, la nation, c’est avant tout le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. Renan disait : « La nation se résume dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. » Cela suppose une opposition résolue, d’une part, à toute « hiérarchisation » des luttes contre les racismes, contre l’antisémitisme ou la xénophobie ; d’autre part, à l’assignation de citoyens selon des appartenances ethniques, religieuses ou socio-culturelles. Non, dans cette République laïque, nous sommes tous d’abord français, sans renier nos appartenances propres qui participent à notre richesse collective.

La rhétorique qui convoque les instincts de chacun, et qui oppose les appartenances des uns et des autres, est profondément dangereuse en plus d’être inefficace. Inefficace parce qu’alors elle n’est plus universaliste mais concurrentielle et par conséquent contre-productive. Dangereuse, parce qu’en essentialisant les appartenances, elle renforce les préjugés et les peurs et par conséquent le communautarisme qu’elle prétend combattre. L’adopter, c’est refuser de saisir la complexité du monde. C’est singer le courage et voiler sa lâcheté.

(1) Etude de l’institut Ipsos Mori, décembre 2016.

(2) La quasi-totalité d’entre eux se déclarant « quiétistes » et donc refusant la violence.

(3) Ce que confirme aussi l’étude contestée en termes de méthodologie de l’Institut Montaigne de septembre 2016.

© Photos : Flickr et Wikipedia

Nicolas Cadene

Nicolas Cadene

Nicolas Cadène est le rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, juriste et ancien militant au Samu social, à la Croix rouge, à la Ligue des droits de l’Homme, etc. Il est l’auteur aux éditions First de La laïcité pour les Nuls, en 50 notions clés. En savoir plus ...