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L’an I d’Emmanuel Macron : à la recherche de la droite perdue ?

Il y a un an, le 7 mai 2017, le leader d’« En marche ! » accédait à la présidence de la République, au terme d’une campagne iconoclaste et d’un concours de circonstances inédit. Retour sur la première année du règne d’Emmanuel Macron, qui n’hésite pas à tenir toutes ses promesses.

À bien des égards, la politique d’Emmanuel Macron s’inscrit dans la droite ligne de celle de son prédécesseur, et d’une logique rampante amorcée il y a plus de trois décennies. Celle d’une vaste opération de dépeçage du fameux (et imparfait) « modèle social français ». Au terme du processus et par le biais de mesures successives qui en assouplissent peu à peu les contours, ce « modèle » doit être définitivement réduit à peau de chagrin, ne représentant plus qu’une image d’Épinal pratiquement vide de contenu, ou tout juste enviable quand il s’agira de comparer notre situation à celle des États les moins protecteurs de la planète.

Par ailleurs, en s’adressant prioritairement à la droite, il semble qu’Emmanuel Macron perpétue de fait le clivage binaire qu’il n’a eu de cesse de fustiger pendant sa campagne, quitte à accuser la gauche d’incarner le véritable conservatisme.

Emmanuel Macron, inspirateur et continuateur du hollandisme

Pour revenir au quinquennat du « président normal », il incarne probablement le mieux la continuité avec celui qui est en cours, pas simplement parce qu’il le précède, et en dépit du style « jupitérien » de l’actuel locataire de l’Élysée. Car malgré ses airs empreints de nonchalance et d’une certaine bonhomie, François Hollande a bel et bien mené une politique réformatrice obstinée.

Il y eut l’instauration d’un Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) au bénéfice des entreprises employant du personnel salarié, voté dès les premiers mois de mandat et prolongé par le Pacte de responsabilité, sans réelle injonction de contrepartie à l’égard du patronat.

Ensuite est venue la loi pour la croissance et l’activité, également surnommée « loi Macron », dont l’esprit visait à libérer l’économie hexagonale en dérégulant, au travers notamment de l’assouplissement de l’ouverture des commerces le dimanche ou de la libéralisation des transports (les fameux « cars Macron », mettant fin au prétendu monopole de la SNCF, prémices de la réforme en cours).

Et enfin arriva la « loi travail », portée par Myriam El Khomri mais inspirée par l’actuel président, à tel point que les commentateurs la baptiseront « loi Macron II », et qui suscita le mouvement social que l’on sait, au printemps 2016.

Rien d’étonnant à ce qu’Emmanuel Macron, qui était au cœur du système lors du quinquennat Hollande, ayant successivement occupé les fonctions de secrétaire général adjoint de l’Élysée, puis de ministre de l’Économie jusqu’à la fin de l’été 2016, parachève la politique pour laquelle il s’était engagé lors du mandat de l’ex-président. Il serait difficile de le taxer d’incohérence, tant les réformes menées entre 2012 et 2017 paraissent taillées comme un travail préparatoire à la feuille de route actuelle.

Si Emmanuel Macron ne fait que parachever l’entreprise libérale à laquelle son prédécesseur a largement contribué, il marque une rupture sur le plan sociétal.

Notons tout de même, de la part du gouvernement en exercice, la volonté de retirer jusqu’au vernis social de la majorité précédente, avec la dévitalisation de dispositifs signifiants mis en place par le quinquennat Hollande : le compte pénibilité, ainsi que la généralisation du tiers payant pour l’accès aux soins.

Une chose est sûre, les nombreux verrous qui avaient déjà sauté permettent à l’actuel chef de l’État d’avoir les mains libres pour réformer sans réelle contrainte, si ce n’est celle du mouvement social. Et si Emmanuel Macron semble avoir été le véritable inspirateur de la politique de François Hollande en matière d’économie, il se fait ici légataire du couple Valls-Cazeneuve, dans l’usage d’une force massive, et bien souvent disproportionnée, face aux grévistes, occupant.e.s et manifestant.e.s.

N’a-t-on pas vu une centaine de CRS faire irruption à Tolbiac à l’aube, là ou en 2006, lors du mouvement anti-CPE, Jacques Chirac et le ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, ne s’étaient pas résolus à y faire pénétrer un seul policier ? Et que dire des 2 500 gendarmes mobilisés face à 250 zadistes à Notre-Dame-des-Landes ? Certains justifieront cette tension policière à l’aune des évènements du 1ermai dernier.

                             Aller plus loin : « Notre-Dame-des-Landes, l’épilogue ».

À cet égard, on peut juger de la promptitude du gouvernement à réagir contre des faits de dégradation matérielle, au travers d’une intervention officielle toute en fermeté de Gérard Collomb, là où il s’était montré peu enclin à condamner les actions de Génération identitaire au col de l’Échelle, ou encore l’agression par une milice cagoulée des étudiant.e.s qui occupaient un amphithéâtre de l’Université de Montpellier. Si l’indulgence du ministre de l’Intérieur est sélective, elle semble avoir plus de facilités à s’exprimer au bénéfice de la droite de la droite.

Réparer le lien… avec la droite conservatrice

La politique de l’actuel président, en matière de priorités économiques et de gestion du mouvement social, apparaît donc en parfaite cohérence avec celle du quinquennat précédent. Elle revêt cependant une dimension inédite par rapport à ce dernier, se traduisant par la volonté affichée de restaurer le lien avec une droite des plus traditionnelles, qui entrait encore en dichotomie avec le pouvoir social-libéral de François Hollande, de manière somme toute assez symbolique, mais aussi concrète, à travers la loi de mai 2013 instaurant le mariage pour tous.

À l’occasion du très commenté discours au Collège des Bernardins, le 9 avril dernier, Emmanuel Macron n’a pas hésité à mettre sur le même plan la vulnérabilité « de l’enfant à naître, celle de l’être parvenu au seuil de la mort, ou celle du réfugié qui a tout perdu. » Des mots qui semblent directement empruntés à la rhétorique « pro-vie », et notamment à celle de Christine Boutin. Cette dernière ne s’y est d’ailleurs pas trompée, évoquant dès le lendemain lors d’une intervention télévisée « un très beau discours », avant d’ajouter : « il a même employé la façon dont s’expriment les catholiques. »

Rappelons que c’est également à cette occasion que le président avait posé le constat d’un lien « abîmé » entre l’Église et l’État, qu’il se proposait de « réparer », référence à peine voilée à « l’affront » infligé par son prédécesseur aux catholiques traditionnalistes, avec l’ouverture du mariage aux couples homosexuels.

Et de fait, dès sa campagne, Emmanuel Macron a su envoyer des signaux à la droite conservatrice, en s’affichant notamment avec Philippe de Villiers, auprès duquel il continuerait de se pourvoir en conseils, en février 2017, en déplorant dans une interview le fait que la France opposée au mariage pour tous ait été « humiliée ».

Enfin, à son accession au pouvoir, c’est un Premier ministre issu des rangs juppéistes que choisit le jeune président pour être à la tête d’un gouvernement penchant à droite, en dépit de l’équilibre « et de droite, et de gauche » prôné pendant la séquence électorale.

Ce sont notamment deux membres du parti Les Républicains (LR), Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, qui se voient attribuer les clés du ministère de l’Économie. Rien d’étonnant donc, à la poursuite, en s’exacerbant, de la politique du tout-austéritaire.

Dans une autre des fonctions régaliennes de l’État, à savoir le ministère de l’Intérieur, Emmanuel Macron a placé un soutien de la première heure en la personne de Gérard Collomb, alors maire PS de Lyon. Si ce dernier n’est pas issu des rangs d’un parti de la droite traditionnelle, son rapport à « l’ordre », qu’il n’a de cesse de prêcher avec une véhémence non retenue, n’a probablement rien à lui envier, tout comme sa loi Asile et immigration, dont l’article 5, réduisant drastiquement les délais pour les dépôts de demandes d’asile, a été voté avec les voix des parlementaires LR et FN, jusqu’à cristalliser une fronde interne au sein de La République en marche.

En définitive, si Emmanuel Macron ne fait que parachever l’entreprise libérale à laquelle son prédécesseur a largement contribué, il marque une rupture sur le plan sociétal. Là où François Hollande n’avait pas craint de s’attirer les foudres de la droite au travers de sa politique familiale et éducative, lui permettant au passage de masquer une stratégie économique contestée sur sa gauche, Emmanuel Macron, lui, n’hésite pas à donner des gages à cette droite. Une stratégie de conquête probablement liée à la conviction selon laquelle la bataille culturelle aurait été gagnée par elle. À voir maintenant si le mouvement social sera en mesure de lui donner tort.

©Photos : Flickr

Soizic Bonvarlet

Soizic Bonvarlet

Soizic Bonvarlet est journaliste bi-media pour LCP, Slate et Politis (International/Parlement/Culture), et membre du comité de rédaction de la revue Charles. En savoir plus ...